samedi 25 décembre 2010

Le Joli Corps de Chasse (suite)


J’étais un chien de chasse à courre.
Ventre à terre, je suivais la meute, hypnotisés que nous étions par la possibilité d’un beau ‘Corps de chasse’.
Notre petit essaim d’hallucinés ratissait les steppes et les landes, en quête du saint râle et de celle qui en serait la partition.
Une vie de chien de chasse à courre, c’est une vie de chien avant tout !
On la dévale, emporté par les autres, au son du cor qui nous hurle ses injonctions en mi bémol.
Allez savoir pourquoi au milieu d’une folle chevauchée, j’ai marqué le pas et ralenti l’allure pour finalement stopper, le regard pointé vers la meute au loin qui s’éloignait en cavalant.

C’est terriblement déstabilisant pour un chien de chasse à courre emporté par les flots, d’arrêter sa course effrénée pour s’immobiliser sur la rive.
On se sent sonné, encore dépendant du roulis rassurant de la vènerie mais déjà sous l’emprise de cet ailleurs et de ses appels.

Alors, roulé en boule sous un grand arbre, j’ai pris le temps, le temps qu’il faut pour que le brouillard épais qui parasitait ma tête se dissipe.

Et voilà qu’au matin, un manteau de neige a recouvert la steppe, l’air est frais, ma truffe capte des odeurs précieuses dont j’avais presque oublié l’existence.
Je me sens apaisé, une renaissance irrigue l’EnVie dans toute ma carcasse.
Heureux, je m’accorde un petit plaisir éphémère et lève la patte pour arroser le tronc centenaire à coté duquel j'ai passé la nuit, je souris en pensant que dorénavant cet arbre fait partie de la famille.

Je me mets en marche pour explorer ce paradis blanc quand d’un coup j’aperçois 'ses' traces à quelques mètres.
Tabernacle! il s’agit de traces de pas d’un joli Corps de Chasse. 

La promesse d’un corps de chasse, quand vous êtes à la Horde, c’est un peu celle d’une île où vous trouveriez l’essentiel, ça donne un sens à « tout ça » et justifie votre vie de chien de chasse et ses errances en meute.
C’est la promesse d’une peau qui serait faite pour la votre et d’une gorge où vous aimeriez mourir pour y passer l’éternité.
C’est l’évidence d’une croupe faite pour votre ventre et vos nuits en chien de fusil.

Ce corps de chasse, j’en rêvais depuis mon entrée à l’équipage des chiens courants.
Nous passions nos vies à le chercher mais personne ne l’avait approché. 

Et là, ces traces m’invitaient à la rencontre... 


Un pas lent, puis deux, j’abandonne mes réflexes criards de cabot de meute, et c’est à pas de loup que je piste cette trace providentielle dans la neige encore fraîche.
Je réapprends mes sens, convoite chaque empreinte de ce joli corps, m’émeus de la rémanence de son fumet qui m’enivre de la possibilité d’une rencontre exceptionnelle.
Combien de temps dure cette piste à travers la steppe blanche? je ne sais dire, peut-être quelques secondes ou alors quelques jours, en tout cas le temps qu’il faut pour que je m’incarne à nouveau dans cette chair d'ou je m’étais exilé.
Soudain, sans la voir, je sens immédiatement sa présence.
Pétrifié, la truffe encore dans la poudre blanche, je lève lentement la tête.

Est-ce le hasard d’un hourvari ou l’évidence d’une envie partagée mais Elle est là, face à moi, immobile, sans peur, elle me regarde...


Voilà, la suite de ce petit conte de noël que j'avais commencé il y a un an.
Si ce blog continue encore un an, vous aurez le dénouement (à savoir, est-ce qu'il se la fait ou pas !!!? ;D).
Bonnes fêtes à tous, profitez de ce moment pour vous retrouver avec ceux que vous aimez. Soyez sages sinon je sortirai ma tenue de père Fouettard!!!
Sage, mais pas trop quand même, hein?


  

7 commentaires:

  1. C'est une bien délicate attention de votre part, Mr Loup, de déposer pour vos lecteurs, le matin de Noël, un conte enneigé où il est encore question de votre truffe ;)
    Je vous souhaite une très belle année à venir, pleine d'Ici et d'Ailleurs, avec beaucoup d'équilibre et de souplesse aussi pour ce superbe "grand écart" digne d'un danseur Etoile...

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  2. @ Anonyme
    Je vous remercie pour vos voeux, j'aime cultiver les "grand écarts" au sens figuré, parce qu'au sens propre, j'ai la souple d'une règle en fer... ;-)

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  3. Ah votre style est incomparable, je le reconnais bien là, et vous savez faire durer le plaisir, tout est dans le plus que parfait du suggestif : l'ambiance (la dernière hard), l'atmosphère à la Oscar Wide version univers enneigé, la rencontre (La jolie hot du Père Noël), avec ses yeux de biche aux ah-bois, et même si en amour la chasse est encore meilleure que la prise, moi je me dis que la "curée" n'est pas loin,
    Je prends à plus ou moins long terme le Paris...
    Amitiés.

    Ps : j'espère que le père fouettard, pardon le père Steed a été sexaucé dans ses voeux de Noël, et je vous souhaite de belles fesses de fin d'années.

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  4. Une règle en fer peut être souple, c'est une question d'épaisseur...
    Quant à un kitesurfeur sans souplesse, permettez-moi d'en rire !

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  5. Je vous souhaite bonne chasse ou bonne garde; peu importe, l'essentiel c'est bien 'le chemin'.

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  6. @ Valmont
    Dites-donc, ils vous ont fait avaler l’almanach Vermot à Noel ? ;D

    Steed a été gâté pour Noel !!!!
    On ne peut pas dire qu’il est resté dans « ses petits souliers » de Noel !

    @ Anonyme
    Une règle de fer qui n’est pas épaisse n’a aucune tenue !
    Et vous devriez savoir que j’aime quand les règles ont la rectitude anglaise d’une canne de même pays.

    @ Maraudeuse la philosophe
    Oui, qu’importe la destination, c’est le voyage qui compte... ;-)

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  7. Maintenant que le masque est tombé, je n'ai plus qu'à vous tirer ma révérence et, comme Zarathoustra, retourner dans ma caverne afin d'être certaine de rester sage (eh oui, il me faut lutter contre ma facheuse tendance à me montrer vilaine). Encore Nietzsche, oui je sais, je vous l'avais déjà servi à propos de votre truffe, mais faut dire qu'il en a écrit des livres intéressants cet homme-là: Le gai savoir (Non, non, c'est pas une histoire de pédés, c'est pas gay, mais gai, non mais!), Ecce homo (là, vous devez vous sentir concerné tout de même, malgré votre côté féminin, hein Flow), Par delà le bien et le mâle (Ah pardon, jl'ai mal orthographié, encore mon esprit mâle placé!)...
    Je reviendrai dans un an lire la suite de votre conte qui m'évoque un paysage québéquois et me ramène en février 2009 à Tadoussac. Chiens de traineaux, construction d'igloo suivie d'une nuit en igloo, motoneige, raquettes, hockey sur glace, pêche blanche... 10 jours dont on revient la peau sur les os tant on a brûlé de calories, mais de fabuleux souvenirs plein la tête...
    Vous aussi, prenez soin de vous. Vous êtes très attachant (dans les 2 acceptions du terme), Mr Loup !

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